Revêtement de piscine au moyen de plaques céramiques fines XXL

Une expérience risquée mais très réussie

Fiche de projet

Permettez-nous de vous rafraîchir brièvement la mémoire. A l’automne 2015, James De Smet commençait à mettre à exécution le projet ambitieux qu’il avait à l’esprit depuis déjà un petit temps: aménager une piscine dans son propre jardin. Rien de bien particulier jusque-là, si ce n’est que, pour le revêtement de sol et mural, ce lauréat du Championnat de Belgique du Meilleur Carreleur, a opté pour des plaques céramiques fines de 6 mm en format de 320×160 cm! Avant de se lancer dans ces travaux, il avait toutefois procédé à une longue étude de faisabilité vu que personne n’avait jamais réalisé cela avant lui. Toute approximation était dès lors exclue pour cette expérience réussie qui n’était pourtant pas sans risque…

Pas sans risques

La piscine extérieure dont avait si longtemps rêvé James De Smet (et peut-être aussi les autres membres de sa famille) est enfin achevée! Pourtant, au début, même le lauréat du Championnat de Belgique du Meilleur Carreleur ne savait pas ce que donnerait ce projet ambitieux. “Il s’agissait assurément d’une expérience risquée qui, pour autant que je sache, n’avait jamais été tentée auparavant en Flandre, ni peut-être en Belgique. Sans exagérer, je peux dire que les préparatifs de ce projet ont duré pratiquement un an. Il y a ainsi eu d’innombrables discussions, ainsi que des essais, avec des spécialistes dans différents domaines.”

Vu que nous devions procéder de façon extrêmement prudente lors de la pose, nous n’avons pas rencontré de problèmes notoires pendant tout le temps qu’a pris celle-ci.James De Smet

Pour les quelque 85 m² de murs et sol qui ont été revêtus, nous n’avons brisé qu’une seule plaque. “Cela s’est produit durant la première phase des travaux, pendant le tapotage parce que le matériel utilisé pour la compression n’était pas approprié. Une mauvaise expérience peut évidemment s’avère enrichissante, mais heureusement, nous en sommes restés à une seule plaque brisée, car il ne s’agit assurément pas d’un matériau bon marché (James sourit). Nous avons ensuite décidé sagement de comprimer les plaques par pression au lieu de les tapoter en douceur. En appliquant les stries de colle au dos de la plaque céramique dans le même sens que celles appliquées sur la surface à carreler, vous réduisez au minimum absolu le risque de formation de poches d’air. Ensuite, il convient de tout comprimer correctement jusqu’à ce que vous n’entendiez plus de bulles d’air sous la plaque”, explique James De Smet.

Phase 1: le carrelage du sol

Lors de la première phase a été réalisé le sol de la piscine. Une description détaillée de ces travaux est déjà parue dans l’édition de janvier de Polycaro (n° 52). Vous pouvez encore et toujours relire cet article via ce site web.

Pour carreler le fond de la cuve de la piscine, James De Smet avait bénéficié de l’aide de collègue, mentor et ami Peter Goegebeur. “Nous avons carrelé tout le sol de la piscine à nous deux. En fait, nous aurions assurément pu faire appel à davantage de paires de mains parce que ce fut tout de même la partie la plus complexe et la plus fastidieuse de toute la réalisation de la piscine. Sans la location d’un élévateur télescopique (qui, pour la seconde phase, a fait place à un système commandé à distance beaucoup plus pratique, ndlr.), nous n’aurions jamais réussi à mettre ces lourdes plaques en place sans les endommager. A cela s’ajoutait le fait que nous avions déjà vu de près des plaques céramiques de telles dimensions (3200x1600x6 mm, ndlr.), mais que nous n’avions nous-mêmes jamais travaillé avec celles-ci. Vous ne serez peut-être pas surpris d’apprendre que la manipulation de la toute première plaque nous a pris énormément de temps (rires).”

Reporter, mais pas renoncer

Afin de passer les mois d’hiver sans encombre, tout a été rendu correctement étanche au vent et à l’eau et tendant une solide toile de tente au-dessus de la cuve de la piscine. “L’objectif consistait à ce que je puisse reprendre les travaux le plus rapidement possible au début 2016, afin que la piscine soit opérationnelle en mai. Mais en raison de mon agenda chargé (outre un carreleur très demandé, James De Smet est également membre du comité directeur de Fecamo Flandre Orientale, professeur au Syntra et membre du Comité Technique ‘Revêtements durs de murs et de sols’ du CSTC, ndlr.) et vu que personne ne pouvait me donner un coup de main à cette période, mon plan ne s’est pas du tout déroulé comme prévu. J’ai ainsi pu reprendre mes travaux en mai, en compagnie d’un jeune carreleur que j’ai ensuite engagé peu après. Le redémarrage s’est effectué par à-coups, parfois à raison d’un seul jour par semaine, entre tous les autres travaux. “Pour le parachèvement – c’est-à-dire les joints élastiques ainsi que l’installation de l’escalier et des margelles – il a fallu attendre le beau temps sec. Naturellement, ce fut bien ma veine: nous avons connu le mois de juin le plus humide jamais enregistré. Vers la mi-juillet, la piscine était enfin prête et nous avons pu la remplir d’eau pour la toute première fois.”

Phase 2: le carrelage des murs

La seconde phase des travaux – le carrelage des murs intérieurs de la piscine – a été assez rapide. James De Smet nous explique pourquoi. “En fait, pour le revêtement mural, j’avais opté pour des plaques de 160×160 cm qui, par rapport au format de 160×320 cm des plaques utilisées pour le sol, présentaient un monde de différences rien qu’au niveau du poids. Les plaques murales étaient prêtes aux bonnes dimensions, de telle sorte qu’il ne me fallait plus les découper. Vu que j’avais chapé le fond et tenu compte dans mes calculs de l’épaisseur des carreaux et de la colle, les plaques pouvaient être posées entières sur tout l’intérieur de la piscine. Une grande différence par rapport aux travaux de carrelage du sol qui s’est apparenté beaucoup plus à un puzzle, avec les découpes nécessaires. Pour le bord de la piscine, j’ai opté pour des margelles en granit présentant un nez passant de 3 à 5 cm d’épaisseur afin qu’il reste chaque fois 2 cm pour poser les carreaux muraux.”

“J’ai été extrêmement prudent lorsque j’ai dû réaliser une grande ouverture d’environ 400 mm de diamètre pour le système de nage à contre-courant. Les opérations sont les mêmes que pour les variantes de 3 mm. Cependant, lorsque vous procédez à l’ébavurage avec une meuleuse, il faut faire attention car ces plaques murales fines de 6 mm ne sont pas armées. La manipulation de la plaque présentant ce grand trou, surtout, s’est avéré une opération délicate parce que le risque de bris était évidemment beaucoup plus grand.”

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La rapidité, tel était le mot d’ordre

Pour coller les plaques, tant au sol qu’aux murs, James De Smet s’était vu conseiller par Mapei Benelux d’utiliser Ultralite S2 Quick, une colle légère mais à séchage rapide (Fast), qui assure une meilleure cristallisation de l’eau utilisée comme liant sous la surface carrelée, de telle sorte que celle-ci doit moins s’évaporer. “Au début, il a tout de même fallu un peu s’habituer au niveau de la manipulation”, reconnaît le carreleur est-flandrien. “Par températures extérieures normales, il vous reste entre le gâchage et la compression du carreau à peine trois quarts d’heure avant que la colle ne soit totalement durcie. Une fois le mortier prêt, tout devait aller extrêmement vite et nous ne pouvions plus nous permettre d’erreur lors de la pose. Chaque fois qu’une plaque était découpée, celle-ci était dès lors toujours présentée avant de commencer à l’encoller. Cela peut ressembler à une perte de temps, mais cela vous épargne beaucoup de problèmes a posteriori.”

Les gens doivent apprendre à accepter que le rendement soit beaucoup moins élevé que lors de la pose des formats plus courants.James De Smet

Le moment le plus stressant fut le remplissage de la piscine. Pour James De Smet, ce souvenir est encore bien vivant. “Pour avoir la certitude qu’il n’y avait nulle part des espaces creux derrière les carreaux, j’ai encore une fois tapoté toute la surface correctement. Toutefois, vous éprouvez tout de même certaines craintes à l’idée de savoir comment le sol et les murs vont réagir face à une pression si élevée.”

L’escalier de piscine

L’élégant escalier de piscine, également une création propre du maître de maison, constitue un véritable tire-l’œil. “Pour les marches, fabriquées dans le même granit que les margelles de la piscine, j’ai moi-même scié et arrondi les carreaux de pierre naturelle en format de 100×100 cm. J’ai ensuite réalisé tout le côté de l’escalier en une seule pièce avec la plaque céramique de 6 mm d’épaisseur, avec laquelle j’ai également revêtu les contremarches. En fait, j’avais l’intention de réaliser tout l’escalier en matériau de 6 mm sans que l’on puisse voir un seul onglet. Mais lors des essais effectués à cet effet dans mon hangar, il s’est rapidement avéré qu’en raison de son aspect lisse, ce matériau ne constituait pas la solution idéale pour une application dans une piscine. L’idée m’a ensuite encore effleuré l’esprit de rainurer la surface du carreau au moyen d’une scie à jet d’eau, afin de rendre les marches antidérapantes. Mais, ayant des doutes quant à la solidité du matériau, j’ai laissé tomber le plan initial.”

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Joints élastiques

La raison pour laquelle James De Smet a rejointoyé ses carreaux de piscine avec un produit élastique est purement d’ordre esthétique. “Tout simplement parce que les joints élastiques ne se colorent pas sous l’eau. Les joints au ciment ont beau présenter la même couleur que le carreau, une fois mouillés ils prennent automatiquement une teinte plus foncée et ressortent dès lors davantage dans le carrelage. Les joints présentent une largeur de 4 à 5 mm. Tous les joints ont été agrémentés d’un primaire et colmatés avec un produit élastique, pour exclure toute infiltration d’eau sous les carreaux.”

Si nous voulions garantir des angles et arêtes 100% étanches, la jonction sol/murs ainsi que les angles intérieurs exigeaient également une finition sûre.James De Smet

Prix élevé

Quant à savoir si ces plaques céramiques utilisées comme revêtement de piscine constituent une solution plus coûteuse qu’une finition à l’aide de mosaïques, James De Smet ne peut donner de réponse catégorique. “La mosaïque exige de nombreux joints et le mortier de jointoiement époxy n’est assurément pas le moins cher! D’un autre côté, lorsque vous calculez toutes les heures de travail nécessaires pour manipuler et poser ces plaques XXL, je pense tout de même qu’une piscine en plaques céramiques fines revient au bout du compte beaucoup plus cher. Il est en effet possible de poser de la mosaïque seul alors que pour ces plaques XXL, il faudra compter au moins deux voire idéalement trois hommes. Ajoutez à cela la location d’un engin de levage et le compte sera vite fait. Mais cela reste un matériau exclusif, en ce sens que personne n’en a déjà dans sa piscine, ce qui attire apparemment beaucoup de monde.”

Le matériau isolant a mangé une grosse partie du budget de James De Smet. “Sous la dalle de sol et derrière les parois murales en béton ont été appliqués pas moins de 8 cm d’isolant foamglas, qui est un matériau assez coûteux, mais il s’agissait d’un choix mûrement réfléchi.”

Dit artikel verscheen in Polycaro 55

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Une grande confiance

La famille a déjà pris énormément de plaisir dans et autour de la nouvelle piscine dans le jardin. Reste à savoir comment les plaques céramiques résisteront aux affres du temps. “Vu qu’il s’agit d’une application nouvelle d’un matériau relativement nouveau, nous ne pourrons répondre à cette question que dans x années. C’est et cela reste un grand risque, car vous n’avez pas de point de référence. Mais honnêtement, je suis assez serein, sinon je ne me serais jamais lancé dans ce projet. Je suis allé éclairer ma lanterne au CSTC, tout a en outre été réalisé conformément aux normes et tous les spécialistes à qui je me suis adressé pour ce projet étaient confiants quant au résultat. Il en va de même pour mon mentor Peter Goegebeur qui, comme je l’ai déjà dit, a lui-même collaboré à cette réalisation.”

Spécialiste

Après avoir réalisé cette prouesse, James De Smet va-t-il désormais se profiler comme spécialiste des piscines revêtues de plaques céramiques fines? “Ce fut une expérience risquée mais extrêmement réussie qui, pour moi, mérite d’être réitérée. Donc oui, j’aimerais poursuivre dans cette voie.” Pour la première fois au cours de cet entretien, le lauréat du Championnat de Belgique du Meilleur Carreleur ne nous a pas tout dit. “J’ai déjà reçu des demandes, également de la part de constructeurs de piscines, mais je ne peux pour l’instant pas vous en dire plus.”

En tout cas, notre carreleur est-flandrien préférerait de loin poser chaque jour uniquement des plaques céramiques fines. “Parce que ce genre de réalisations me procure encore beaucoup plus de satisfaction que les autres.” Mais cela exige en minimum de formation et l’expérience pratique nécessaire, avertit cet homme de métier qui, durant ses rares temps ‘libres’, donne également cours au Syntra. “Il n’est pas donné à tous les carreleurs, aussi expérimentés soient-ils, de poser ce genre de matériaux. A l’époque, j’ai moi-même dû financer de nombreuses formations. La différence au niveau de la manipulation et de la technique de pose est énorme! En outre, il faut investir dans du matériel de qualité, sinon vous rencontrerez assurément des problèmes. Je me suis par exemple fait fabriquer un nouvel établi en aluminium et ai acheté un ensemble couteux de matériel de coupe et de manipulation, dont un châssis à ventouses. Autant d’investissements douloureux, mais dont vous savez qu’ils sont nécessaires pour pouvoir réaliser des carrelages durables. Il ne faut alors pas trop hésiter et tout simplement oser faire le pas!”