L’ingénieur carreleur bruxellois Catalin Gaitan se démarque


Si vous pensez que le titre de ‘maître carreleur’ représente la plus haute distinction dans notre secteur, vous vous trompez lourdement! Ce que nous avons vu sur un chantier à Liège défie l’imagination de chacun. Catalin Gaitan, un Belge aux racines roumaines, mue sa passion en véritable amour du métier. Des réalisations peu banales confirment son art de l’artisanat véritable.

Catalin, merci de nous avoir invités sur ce chantier pas banal, mais pourriez-vous d’abord nous dire brièvement comment vous êtes devenu carreleur?

Catalin: “J’étais indépendant dans la construction, mais je voulais faire autre chose que toutes sortes de petits travaux. Quelque chose qui me ferait vraiment me sentir bien, quelque chose de durable. Lorsque j’ai appris il y a une quinzaine d’années qu’il était possible de suivre une formation en ‘Carrelage’ à Uccle, je n’ai pas hésité un instant. Il fallait que je la suive, car à l’époque, un accès à la profession officiel était encore nécessaire pour pouvoir exercer ce métier. Il est d’ailleurs dommage que cette obligation ait disparu entre-temps. A l’époque, le centre de formations Syntra Brussel avait recruté un professeur de haut niveau aujourd’hui connu et reconnu de tous: Peter Goegebeur, ex-président de FECAMO ainsi que du comité technique du CSTC. Tout ce que cet homme a fait pour les carreleurs mérite mon plus grand respect! J’ai suivi la formation en ‘Carrelage’ auprès de lui, en compagnie d’une dizaine de collègues roumains. De la première à la dernière minute, il a su nous motiver à persévérer jusqu’à la fin de ce cours du soir pas si évident que cela, mariant théorie et pratique. Et ce pendant trois années complètes, ce dont je suis encore très reconnaissant aujourd’hui! Après avoir réussi mon examen final au cours duquel j’ai dû rédiger une monographie longue et détaillée et la défendre devant un jury professionnel externe, je suis donc devenu un carreleur diplômé à part entière, certes à l’époque un homme de métier avec encore peu d’expérience”, affirme-t-il en souriant.

Comment avez-vous dès lors effectivement démarré comme carreleur indépendant?

Catalin: “Je suis quelqu’un d’assez prudent par nature. Des collègues voulaient déjà s’associer avec moi, mais je n’en avais pas vraiment envie. Je trouve dangereux de mélanger amitié et affaires. Cela finit souvent par mal tourner et par devoir prendre des mesures pas toujours agréables. D’un autre côté, je voulais partager mon aventure dans le monde du carrelage, conformément à la devise “L’union fait la force”. Mais avec le bagage reçu de mon professeur, mon aventure n’avait en fait pas encore commencé. Ma confiance ‘silencieuse’ allait, aussi bizarre que cela puisse paraître, plutôt à mon professeur qui, pourtant, pensait déjà à sa ‘fin de carrière’. Quelque chose de très spécial s’est alors produit. Nous avions un interprète qui traduisait continuellement notre professeur pendant les cours pour ceux qui ne maîtrisaient pas encore totalement la langue française. Cet interprète constituait donc un peu le ‘liant’ qui nous a amenés à prendre l’initiative de travailler ensemble. Lorsque j’ai soumis au professeur l’idée de créer nous deux une entreprise de carrelage avec l’intention de la diriger moi-même après quelques années, il a étonnamment vite accepté! Peter avait pleine confiance en moi, car j’étais en effet le fier premier de classe, et nous nous sommes lancés très rapidement. L’entreprise de pose “Kerabel” était née…”

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Après avoir fondé votre entreprise, avez-vous pu immédiatement mettre la théorie en pratique?

Catalin: “En fait, oui. Peter avait énormément de relations intéressantes dans le monde du carrelage, au niveau national et international – c’est d’ailleurs encore et toujours le cas aujourd’hui – et à cette époque, il travaillait en étroite collaboration avec, entre autres, CEDEXSA/VILVORDIT (aujourd’hui TYLES). Vu qu’il était déjà difficile à l’époque de trouver des carreleurs compétents et abordables, cela nous a notamment permis de nous constituer une clientèle de base. Les clients exigeants de notre partenaire TYLES achetaient quoi qu’il en soit des carrelages de haute qualité qui devaient également être posés d’une manière tout aussi impeccable. On nous confiait alors les travaux. C’est ainsi que notre entreprise a continué à se développer, si bien que, de la côte aux Ardennes, nous étions connus comme une équipe exclusivement constituée de carreleurs. Ce dernier point a été rapidement confirmé lorsque nous avons décroché un grand projet à Hotton avec des carreaux XXL signés Techlam (Levantina). Nous avions réussi à convaincre le propriétaire de la Brasserie “Le Jacquemart” de rénover entièrement ses sanitaires avec des plaques 1 x 3 m. Dans cette région, on n’avait jamais vu des carreaux aussi grands! L’introduction des carreaux céramiques en format XXL est ainsi devenue réalité, également dans les Ardennes!”

Nous nous trouvons ici sur un chantier où sont visibles uniquement de magnifiques carreaux en format superlarge. Posez-vous uniquement des carreaux céramiques grands formats?

Catalin: “Non, pas vraiment. Je pose aussi souvent de belles pierres naturelles, mais aujourd’hui, soit près de 15 ans plus loin, ils représentent tout de même la majeure partie de mon chiffre d’affaires. J’ai récemment assisté à une présentation intéressante du CSTC, intitulée ‘Des carreaux XS aux carreaux XXL’. Eh bien, je pose les deux, tant en nouvelle construction qu’en rénovation, des terrasses aux piscines. Tout ce qui se trouve entre les deux m’intéresse moins car poser des carreaux ordinaires ne me passionne pas vraiment. Avec des mosaïques de 1 x 1 cm et des carreaux XXL de 1,60 x 3,20 m, les techniques de transformation et de pose sont également très différentes. Ces deux activités constituent une spécialité en soi, mais elles ont un point commun: un support parfaitement plan! Les tolérances en matière de planéité pour la chape et les murs devraient être réduites au strict minimum, tout comme la perpendicularité, sinon ce sera du mauvais travail et je préfère m’en abstenir. Je pense qu’un carreleur doit pouvoir poser ses exigences car, a posteriori, ce sera toujours trop tard.

Les chapistes et les plafonneurs, en particulier, doivent se rendre compte qu'un support parfait comme un billard favorisera et facilitera considérablement le travail du spécialiste en carreaux XXLCatalin Gaetan

Les grandes plaques ont connu un solide essor ces cinq dernières années. Il n’y a plus une seule salle d’exposition qui n’en présente pas. Les architectes et surtout les agenceurs d’intérieur en raffolent. Malheureusement, on ne tient souvent pas compte des points d’attention qui accompagnent la pose de carreaux XXL. On réfléchit trop peu aux critères de contrôle nécessaires avant d’entamer de tels travaux. Combien de fois n’arrive-t-il pas que la chape ou l’enduit ne soient pas encore secs? Sans parler des joints extrêmement étroits que l’on veut nous imposer pour des raisons esthétiques qui sont diamétralement opposées aux facteurs techniques nécessaires.”

Quels sont, pour vous, les points les plus importants lors de la pose de ce type de carreaux, dans ce cas-ci?

Catalin: “Oh, ici, en plus de la créativité personnelle, la préparation joue également un très grand rôle. Et je ne parle pas seulement d’un support plan et sec. L’aménagement du chantier représente déjà la moitié du travail. Pour poser ce type de carreaux, il faut de la place. Il est indispensable de disposer d’un établi équipé de façon professionnelle, sur lequel vous pourrez effectuer facilement vos travaux de découpe et de perçage. La finesse des découpe constitue en effet la carte de visite d’un carreleur précis, n’est-ce pas? Ici, l’utilisation de l’outillage approprié s’avère dès lors primordiale.

Un deuxième point d’attention concerne la température. Les carreaux XXL et SL ne peuvent jamais être manipulés sans stress. Cela signifie qu’avant de commencer à travailler avec ces carreaux, ceux-ci doivent être portés à température ambiante. Si vous laissez ces carreaux à l’extérieur en hiver et que vous commencez à les travailler immédiatement par exemple, le risque de fissures dues aux chocs thermiques sera très élevé. Dans la cuisine de ce projet, j’ai notamment dû revêtir l’îlot de cuisine de carreaux SL en imitation marbre. J’ai utilisé à cet effet une colle à base de résine bicomposante. J’ai monté les bords du plateau de manière à ce que la structure flammée les traverse exactement, puis j’ai soigneusement poli les bords de manière à ce que le joint soit à peine visible, voire pas du tout. J’ai parachevé les toilettes et les salles de bains de cette villa avec la même précision, tout seul. Ma taille de 1,83 m m’a ici été très utile! Il m’a également été demandé de revêtir différentes niches dans les murs. Pour les angles, je n’utilise jamais des profilés, mais je travaille toujours en onglet, que j’assemble sur place et que je polis proprement. Mais le couronnement de mon travail sur ce chantier a été l’installation en toute sécurité d’un éclairage indirect en céramique dans la douche parentale. Et avec les chutes, j’ai encore revêtu la marche inférieure de l’escalier dans le séjour. Cela a nécessité beaucoup de travail, certes, mais avec la dose d’inventivité et de créativité nécessaire, la fierté professionnelle reprend le dessus!”

Merci d’avoir partagé votre récit avec nous. Avez-vous encore un souhait au niveau professionnel?

Catalin: “Assurément! Je voudrais demander au CSTC d’élaborer des directives spécifiques pour la pose de carreaux Superlarge. Des tolérances plus strictes ainsi que l’utilisation du matériel et de l’outillage appropriés sont essentielles pour poser des carreaux SL de façon impeccable. Je préfère ne pas citer les marques que j’utilise, mais je suppose que les normes belges et européennes peuvent vous mettre sur la bonne voie pour l’application correcte de produits performants. C’est pourquoi je souhaiterais donc qu’une directive distincte soit établie pour les carreaux grands formats. Les chapistes et les plafonneurs, en particulier, doivent se rendre compte qu’un support parfait comme un billard favorisera et facilitera considérablement le travail du spécialiste en carreaux XXL. C’est pourquoi je contacte toujours ces entreprises au préalable pour discuter ensemble des tolérances acceptables pour chacun. Malheureusement, le prix joue souvent un rôle et les gens se plaignent souvent du temps nécessaire pour livrer un support parfait. Tout doit toujours aller beaucoup trop vite, au détriment de la qualité!

Une dernière question: ‘maître carreleur’ ou ‘ingénieur carreleur’?

Catalin: “Même si j’ai déjà démontré mes compétences à de nombreuses reprises dans la pratique, je me contenterais déjà du titre officiel de ‘maître carreleur’. Le seul véritable ingénieur carreleur que je connais, c’est mon mentor et ancien professeur Peter Goegebeur (rires). Mais en fait, nous nous dirigeons effectivement vers une ‘ingénierie du carrelage’, notamment parce qu’il faut de nos jours fournir des solutions spécifiques sous forme de systèmes afin de pouvoir proposer au client une formule globale. Cela permet aussi de fournir les garanties nécessaires au cas où un problème surviendrait. On ne sait jamais, évidemment. Je n’utiliserais en tout cas pas une colle du fabricant ‘X’ pour installer une membrane d’étanchéité, une colle à carrelage du fabricant ‘Y’ pour coller les carreaux puis une barbotine d’un fabricant ‘Z’ pour procéder au rejointoiement. Je pense que c’est là que commence tout le savoir-faire du carreleur professionnel. L’expérience, le bon sens et demander conseil à temps au fabricant ou au fournisseur peuvent assurément garantir des travaux réussis. Et si ce n’est pas le cas, appelez la BITA ou le CSTC, car ils disposent indubitablement d’un ensemble de connaissances d’une valeur inestimable pouvant aider à mettre tout carreleur sur la bonne voie. Je plaide d’ores et déjà en faveur d’une véritable maîtrise du métier!”


Biographie

Contact: cv_concept@yahoo.com

Date de naissance: 4 juin 1978

Études: 1-8 classe primaire et 9-12 liceum, course de formation Syntra (carrelage)

Loisirs: la pêche

Film préféré: films d’action, fantastiques et comédies.

Musique préférée: le Hip-hop

Destination de vacances préférée: L’Asie

Plats et boissons préférés: la cuisine roumaine traditionnelle, les bières belges, le vin blanc demi-sec et… la Palinka.


Texte + photos: TECNO TILE NEWS