Goegebeur & Mahaux: l’ancien et le nouveau président de Fecamo


L’on sait du premier qu’il a un petit faible pour les carreaux XXL, tandis que le second a la réputation d’être ‘un des meilleurs mosaïstes de Belgique’. XXL vs. XS, voilà bien deux extrêmes d’envergure. Peter Goegebeur (61 ans) et Gérard Mahaux (55 ans) ont cependant bel et bien des points communs: leur passion du métier, une pointe d’idéalisme et la conviction absolue que tout commence par une formation de qualité. Sous l’œil approbateur de son prédécesseur Peter Goegebeur, nous avons fait connaissance avec Gérard Mahaux, le nouveau président (wallon) de la fédération des entrepreneurs carreleurs et mosaïstes Fecamo.

Un lourd héritage

Le 22 février dernier, après trois années plus une quatrième année supplémentaire (c’était la première fois dans l’histoire de Fecamo qu’un président national voyait son mandat être prolongé), Peter Goegebeur a cédé le relais à son vice-président wallon Gérard Mahaux. Avant de sonder les projets de ce dernier, laissons-le tout d’abord rendre hommage à son prédécesseur. “Durant ses quatre années de présidence, Peter a fait énormément pour Fecamo”, ce qui n’a également pas échappé à Gérard Mahaux. “Son plus grand mérite? Avoir ranimé la flamme au sein de notre fédération. Aujourd’hui, Peter est surtout très actif au sein de l’EUF (La fédération européenne qui chapeaute les fédérations nationales de carreleurs; ndlr.), mais dans ce rôle également, il pourra encore apporter beaucoup à Fecamo. Il ne sera assurément pas facile de lui succéder, vu la hauteur à laquelle il a placé la barre. Quoi qu’il en soit, c’est un véritable honneur de pouvoir accéder à la présidence d’une telle fédération.”

A l’instar de mon prédécesseur, je suis d’avis qu’un président ne doit pas simplement assurer un suivi des affaires, mais qu’il doit passer lui-même à l’action, évidemment toujours en étroite concertation avec son comitéGérard Mahaux, le nouveau président de la Fecamo

Un président entreprenant

“Maintenant que mon entreprise (Mahaux & Fils, ndlr.) est partiellement dirigée par mon fils Alexandre, j’ai davantage de temps pour m’occuper d’autres choses. C’est peut-être là une des raisons pour lesquelles plusieurs membres du comité de Fecamo ont sondé il y a un an mon éventuel intérêt pour la présidence de la fédération. Je leur avais alors déjà clairement dit que je voulais être plus qu’un simple exploitant de café qui écoute ses clients  bavarder au comptoir.”

Le tout nouveau président ne craint-il pas des problèmes de communication vu qu’il ne parle pas néerlandais, alors qu’une fédération nationale comme Fecamo compte tout de même de très nombreux carreleurs flamands parmi ses adhérents. “Il va de soi que notre fédération continuera toujours de communiquer dans les deux langues. Avec Sabine Piedboeuf, nous avons en effet dans nos rangs une collaboratrice parfaitement bilingue. En tant que secrétaire générale, c’est elle qui est responsable de toute la communication de la fédération. Même en cas de confusion lors d’une réunion du comité, nous pouvons toujours faire appel à ses services. Cela ne m’empêchera en tout cas pas d’également aller visiter les sections locales en Flandre. Si tout le monde y met du sien, nous nous comprendrons très bien. Et tant que nous parlons la langue du carreleur – qui est universelle –, il n’y aura aucun problème.”

Fecamo 2

Small vs big

Tout le monde connaît suffisamment l’attirance de Peter Goegebeur pour un produit novateur comme le carreau XXL. Il s’agit précisément d’un matériau avec lequel n’a encore jamais travaillé Gérard Mahaux – un spécialiste de la pose de mosaïque et, selon Peter Goegebeur, un des meilleurs en Belgique dans ce domaine. “Je l’avoue, je suis un peu plus attiré par la mosaïque, un produit que je trouve beaucoup plus noble”, affirme Gérard Mahaux sans tourner autour du pot. “Ces carreaux XXL imitent chaque fois d’autres matériaux, comme la pierre naturelle, le parquet ou le béton. La mosaïque n’a pas besoin de cela, parce que le produit en lui-même dégage une beauté naturelle et a déjà démontré sa durabilité au fil des siècles. En outre, elle permet de réaliser de magnifiques motifs!”

“Ce qui ne signifie pas que je ferme les yeux sur les matériaux innovants. Je soutiendrai pleinement ceux qui font la promotion de ces plaques céramiques sur le marché. A l’école (Gérard Mahaux est instructeur au centre de formation IFAPME à Namur et Gembloux, ndlr), j’aborde régulièrement les grands formats, c’est pourquoi j’ai également déjà demandé à Peter de venir partager avec les élèves ses expériences avec de tels carreaux XXL. D’autre part, j’entrevois un ‘revival’ des petits formats, tels que 20×20 cm ou 30×30 cm. Les anciens carreaux en ciment ont ainsi à nouveau totalement la cote.”

Elever le niveau

“Ce qui m’intéresse surtout, c’est que tous ces matériaux – quel que soit leur format – soient posés dans les règles de l’art. Et dans ce domaine, nous avons encore pas mal de pain sur la planche dans ce pays”, avertit Gérard Mahaux.

Laissez-moi préciser ma pensée: si nous ne réussissons pas à maintenir voire même à encore élever le niveau des formations en Belgique, nous n’arriverons pas à sauver notre métier et celui-ci finira tôt ou tard par disparaître.Gérard Mahaux

“Nombre de gens sous-estiment la pose de carrelage, mais celle-ci constitue vraiment un métier. Qui ne s’apprend pas en visionnant quelques vidéos d’instructions sur YouTube! Il y a 50 ans, les maçons posaient également du carrelage. Aujourd’hui, le carreleur doit tenir compte de tellement de paramètres différents que c’est devenu impensable. Il s’agit d’un métier qui doit s’apprendre étape par étape: d’abord la théorie sur les bancs de l’école, puis la pratique au quotidien. Au niveau européen, la Belgique se situe dans le ventre mou; il est donc possible et obligatoire de faire mieux. Mon souhait ultime consiste à former nos jeunes pour en faire les meilleurs carreleurs d’Europe, sur l’exemple de la Suisse, de l’Autriche. Ce n’est pas parce que nous sommes un petit pays que nous ne pouvons pas viser une médaille d’or?! Pour atteindre cet objectif, nous n’organiserons jamais assez de formations et perfectionnements de qualité.”

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Perfectionnement constant

Peter Goegebeur apprécie les propos de son collègue car il s’est lui aussi toujours battu pour davantage de formation et de perfectionnement. “Quand on voit un jeune de 25 ans (Tom Verstaen, ndlr) remporter le Championnat de Belgique du Meilleur Carreleur, j’espère que cela motivera d’autres jeunes à briller dans leur métier. Cela ne se limite naturellement pas à la formation de base. De nouveaux matériaux, produits et systèmes font leur apparition sur le marché chaque année. Le carreleur qui souhaite continuer à évoluer devra dès lors constamment suivre des formations complémentaires et perfectionnements.”

J’ai eu la chance, avec Tinne Vangheel du CSTC, de me plonger totalement dans le projet de l’IWT intitulé ‘Innover avec du carrelage’, un projet qui mettait surtout l’accent sur les carreaux au format XXL.Peter Goegebeur

“Je n’ai pas encore eu beaucoup de temps pour dresser le bilan de mes quatre années de présidence, mais ce fut tout de même l’apogée de celle-ci. Un succès jamais vu qui a énormément boosté de notre fédération, mais aussi tout le secteur. Entre-temps, une initiative similaire a démarré en Wallonie, sous la direction de mon collègue de Fecamo Michel De Bes. Plus le nombre de professionnels que ce projet permettra d’atteindre sera élevé, mieux ce sera!”

Site web pour particuliers

“La seule chose que je n’ai pas réussi à faire en tant que président de Fecamo, c’est mettre totalement sur les rails le Club des Jeunes Carreleurs (CJC)”, ajoute-t-il avec une certaine déception. Dans une telle mesure, même, que Peter Goegebeur y voit un échec personnel. “Encore une fois, nous avons vu combien les jeunes désireux de s’engager pour une fédération sont peu nombreux. Peut-être que Gérard pourra écrire un ‘happy ending’ au CJC vu qu’il est, en tant qu’instructeur, très proche de la source. Trouver du sang frais fait partie des autres défis qui l’attendent, car un rajeunissement du comité de Fecamo s’impose.”

Le nouveau président de Fecamo veut toucher un public encore beaucoup plus large. “C’est dans cette optique qu’un second site Internet a récemment été mis en ligne sous l’impulsion de Patrick De Kinder: sur www.procaro.be, les particuliers mais aussi les architectes pourront trouver tous les entrepreneurs agréés affiliés à notre fédération. Les membres de Fecamo forment une garantie de qualité, tel est le message que nous voulons faire passer.”

procaro

Plaidoyer en faveur de la qualité

Gérard Mahaux sait où le bât blesse. “Avant, les client avaient choisi un carreleur avant d’acheter leur carrelage. De nos jours, les particuliers commandent souvent des carreaux bon marché de leur propre initiative pour ensuite chercher quelqu’un qui acceptera de les poser. En d’autres termes, c’est le carreleur qui endosse toute la responsabilité, mais seulement le commerçant qui y gagne. Ne serait-il pas plus logique que le maître de l’ouvrage aille choisir ses carreaux sur les conseils du professionnel qui va les poser? Les carreleurs expérimentés savent mieux que n’importe quel vendeur en salle d’exposition si tel ou tel produit sera approprié ou non pour telle ou telle application et à quelles normes de qualité le revêtement de sol ou mural devra satisfaire.”

BITA

L’organisation du Championnat de Belgique du Meilleur Carreleur 2017 (les 19 & 20 janvier durant le salon Stone & Tile à Gand) a constitué le dernier fait d’armes du président sortant. Quid maintenant de Peter Goegebeur? Son rôle au sein de Fecamo est-il terminé maintenant qu’il a démarré un nouveau projet avec BITA (la Belgian Innovative Tile Academy)? “J’espère que non (rires). Plus sérieusement, Fecamo pourra évidemment encore et toujours compter sur moi à l’avenir et je continuerai d’apporter un soutien inconditionnel au nouveau président.”

Les mauvaises langues prétendent que je vais tourner le dos à la fédération, mais pourquoi aurais-je alors investi tant de temps et d’énergie dans celle-ci jusqu’à ce jour?Peter Goegebeur

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“Permettez-moi encore une fois d’insister sur le fait que BITA est une académie de formation et Fecamo une fédération professionnelle, de telle sorte qu’il n’est nullement question d’une concurrence entre les deux! Il ne fait aucun doute qu’il y a suffisamment de place sur le marché belge pour ces deux entités. Je suis même convaincu que Fecamo et BITA peuvent encore se rendre mutuellement de nombreux services! Il suffit de jeter un œil chez nos voisins du Nord où la fédération professionnelle Bovatin a récemment conclu un accord de partenariat avec NITA, la toute jeune sœur néerlandaise de notre BITA. Je suis certain que nous pouvons réaliser la même chose en Belgique. Car, comme vient de le dire notre nouveau président: il y a encore pas mal de pain sur la planche au niveau de la formation!”