Fedrigo: une passion pour le travail de la pierre naturelle


Il serait exagéré de sous-traiter toute la production à l’étranger. La passion pour le travail de la pierre naturelle est apparemment trop forte pour en arriver là. A cela s’ajoute le fait que l’entreprise Fedrigo de Bilzen a toujours continué d’investir dans du personnel et des machines, précisément afin de pouvoir réaliser les commandes de sur-mesure en interne. “Hélas, cela n’est pratiquement plus rentable en raison des coûts salariaux élevés dans notre pays”, regrette Tony Jacobs, directeur de cette entreprise de pierre naturelle limbourgeoise.

Nom ronflant

L’entreprise de pierre naturelle de Bilzen ne date pas d’hier. Elle a été fondée par Gino Fedrigo, un Italien qui a émigré en Belgique dans les années ’50. Pas pour aller travailler dans les mines limbourgeoises comme la plupart de ses compatriotes, mais bien pour gagner son pain en produisant et posant du granito. Il a ainsi réalisé dans les années ‘60 et ‘70 d’innombrables escaliers pour des bâtiments dans Hasselt et sa région. Fedrigo s’est rapidement fait un nom, surtout auprès des entrepreneurs – qui étaient alors encore des acteurs de relativement petite taille mais qui se sont aujourd’hui souvent mués en de grandes entreprises de construction. Cependant, en raison de la concurrence accrue et de l’augmentation permanente des coûts salariaux, l’entreprise a commencé à éprouver de plus en plus de difficultés au début des années ‘90. Lorsqu’ils ont entendu en 1998 que l’entreprise Fedrigo était à vendre, Tony Jacobs et son partenaire d’affaires Tony Maessen ont décidé en moins de 24 heures de reprendre celle-ci. Tony Jacobs est finalement resté seul directeur à bord après avoir racheté les parts de son associé de l’époque il y a huit ans. Architecte de jardins de formation, il a d’abord travaillé pendant trois ans dans un bureau d’études hasseltois, avant de rejoindre une entreprise de construction puis, finalement, d’atterrir dans le monde de la pierre naturelle via la reprise de Fedrigo.

Parc de machines moderne

Au moment de la reprise, Fedrigo était une petite entreprise implantée dans une zone résidentielle, où aucun agrandissement n’était possible. Les nouveaux propriétaires n’avaient donc d’autre choix que de déménager la même année vers un autre site, dans le parc industriel de Bilzen, pour y faire ériger un nouveau hall. Auquel un second hall est venu s’ajouter six ans plus tard, en 2004. “Durant la période qui suivit la reprise, nous avions beaucoup de difficultés à remplir notre carnet de commandes”, ne cache pas Tony Jacobs. “Vu les lourds investissements et le peu d’argent qui rentrait, nous avons dû travailler avec ce que nous avions les deux premières années et avons dû nous contenter de vieilles machines alors en vente.”
Mais cette page est tournée. Grâce à des investissements continus dans les technologies CNC, l’entreprise de pierre naturelle dispose désormais d’un large parc de machines moderne. “L’achat le plus récent concerne une polisseuse de chants Montresor LOLA 601, acquise l’an dernier chez Pieterman Glastechniek-Steentechniek”, précise fièrement Tony.

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Le fait que le carnet de commandes se remplit aujourd’hui beaucoup plus facilement constitue un euphémisme, selon le directeur. “Je ne veux pas paraître arrogant, mais le travail ne cesse d’affluer. Nous ne savons pas par où commencer. Heureusement, nous pouvons régulièrement faire appel à quelques tailleurs de pierre de la région.”

Production étrangère

Mais tout n’est pas doré pour autant. La délocalisation de la production à l’étranger constitue un thème délicat. En raison des coûts salariaux extrêmement élevés en Belgique, Fedrigo fait réaliser certains éléments à l’étranger. Parce qu’il n’est pas possible de faire autrement, soupire le directeur. “Je préférerais évidemment tout produire en interne, mais ce n’est tout simplement plus rentable. A un moment, 13 personnes travaillaient ici, mais pour des raisons économiques, nous avons dû réduire leur nombre au fil des ans. Non seulement les coûts salariaux en Belgique sont beaucoup trop élevés, mais la facture d’énergie ne s’améliore pas non plus. Un chef d’entreprise doit toujours se poser la question suivante: comment travailler mieux, plus rapidement et meilleur marché? Le choix est alors vite fait.”
“J’emploie actuellement 7 personnes, dont deux poseurs propres qui se chargent surtout des petites opérations de montage: plans de cuisine, escaliers, ce genre de choses. Nous faisons par contre exécuter les très gros chantiers, comme les travaux de façade, par des sous-traitants portugais. Comme référence notoire, on peut ainsi citer la reconstruction de l’immeuble de bureaux d’AXA banque à Bruxelles, soit une superficie de 10.000 m², à laquelle nous avons pu collaborer à la demande de Democo. Pour l’architecte Alfredo De Gregorio, nous avons habillé de marbres belges toutes les salles de bains du Kasteel Borghof, un B&B à Tongres. Il était tellement satisfait que nous pourrons encore exécuter d’autres projets pour lui. Comme le projet résidentiel et commercial ‘Stadshaven’ à Hasselt, où nous poserons 3.000 m² de Ceppo di Gres.”

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Production propre

“Nous faisons produire toutes les façades que nous posons – et celles-ci sont nombreuses – dans la carrière étrangère où la pierre naturelle est extraite. Nous achetons de la pierre bleue belge d’au moins 3 cm d’épaisseur juste au-delà de la frontière belgo-néerlandaise, que nous faisons ensuite débiter et adoucir en Italie avant que les matériaux finis ne reviennent ici transportés par camions. Financièrement, imaginez-vous que cela s’avère encore et toujours plus intéressant que réaliser toutes ces opérations dans votre propre atelier! Non seulement au Portugal, mais aussi en Italie et même en Allemagne, les salaires sont beaucoup moins élevés que chez nous. Comment une entreprise belge peut-elle dès lors rester compétitive?”

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Faire réaliser une partie des travaux de production à l’étranger constitue selon Tony Jacobs la seule manière pour également encore pouvoir gagner quelque chose. “Aussi fou cela puisse-t-il paraître, cela me coûte un peu plus de la moitié de ce que cela nous coûterait si nous faisions tout nous-mêmes. Mais en tant qu’entreprise de pierre naturelle, vous devez naturellement aussi avoir quelque chose à proposer vous-même. Les investissements continus dans notre atelier sont également liés à ma passion: il faut quoi qu’il en soit être un peu fou pour maintenir toute la production en interne, car il ne faut assurément pas le faire pour l’argent. Celui qui prétend le contraire ne sait pas compter. Vous avez beau avoir le parc de machines le plus grand et le plus moderne, c’est finalement le client qui détermine les prix. Et ceux-ci sont de plus en plus mis sous pression.”

Vous avez beau avoir le parc de machines le plus grand et le plus moderne, c’est finalement le client qui détermine les prix. Et ceux-ci sont de plus en plus mis sous pression.Tony Jacobs, directeur de Fedrigo

Pas de travail en séries

“L’équipement moderne de notre atelier de production ainsi que notre large stock nous permettent d’intervenir rapidement en cas de problème. Et ainsi d’éviter que les chantiers ne prennent du retard. A côté de cela, je trouve aussi sympathique que les clients puissent jeter un œil dans les coulisses, afin qu’ils puissent voir que nous travaillons de façon professionnelle. Cela suscite la confiance. Le travail en séries n’est pas fait pour nous, nous réalisons des pièces différentes tous les jours, à savoir du sur-mesure en pierre naturelle pour des applications intérieures et extérieures: escaliers, seuils, appuis de fenêtre, cuisines, salles de bains, travaux massifs, etc. La seule chose que nous ne faisons pas, ce sont les pierres tombales.”

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Expertise et artisanat

Le directeur de Fedrigo joue cartes sur table et aborde un autre point problématique. “Supposons que je décide tout de même d’engager des ouvriers supplémentaires, où les trouverais-je?! Dans notre atelier, il ne reste plus qu’une seule personne sachant tailler la pierre à la main; les générations plus jeunes n’ont jamais appris cette technique. Une profession critique également menacée d’extinction, car il n’existe pas dans notre pays de formation spécifique à cet effet. Nombre d’entreprises de pierre naturelle seront tôt ou tard confrontée à cette problématique. Les machines CNC automatiques ont beau offrir de très nombreuses possibilités, c’est encore et toujours la finition manuelle qui confère la ‘finishing touch’ du sur-mesure. Ce sont cette longue expérience et cet artisanat qui font de vous un acteur pertinent sur le marché.”

Dans le cas de Fedrigo, cette expertise se situe notamment dans la restauration d’églises et de châteaux. “Lorsque des clients me demandent comment se procurer telle ou telle pierre, je me mets en quête de celle-ci comme un détective. Je prends alors l’avion pour aller visiter de nombreuses carrières à l’étranger, jusqu’à ce que je trouve la pierre en question. C’est grâce à ce genre de services que votre entreprise peut faire la différence, mais que vous pouvez aussi continuer à gagner votre pain.”

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Beaucoup de crédit

Le mélange de cuisinistes, entrepreneurs, architectes mais aussi de particuliers crée une clientèle très diversifiée. De nombreux entrepreneurs font confiance à Fedrigo et commandent des matériaux ‘à la minute’. “Parce qu’il m’est arrivé un jour de leur venir en aide, par exemple suite à une expérience négative avec un poseur incompétent ou un fournisseur ayant fait faillite”, explique Tony Jacobs. “Le fait d’avoir obtenu beaucoup de crédit auprès de certains fait que, dans certains dossiers, Fedrigo a souvent le dernier mot. C’est ainsi que nous tentons de nous tenir à l’écart du marché très concurrentiel qu’est plus que jamais devenue la construction en raison de la crise. Nombre de nos client optent pour la qualité et la confiance parce qu’ils ont retenu les leçons de mauvaises expériences avec des fournisseurs bon marché.”

Et comment se porte Gino Fedrigo? Apparemment, ce vaillant octogénaire, passe encore de temps en temps dans l’entreprise qu’il a jadis fondée. “Nous disposions d’un parc de machines assez moderne (deux centres d’usinage CNC, deux débiteuses à pont, une polisseuse de chants, etc., ndlr.) et il est encore et toujours fasciné par tout ce qui touche au travail du marbre. Il trouve extrêmement passionnant de voir comment tournent toutes ces machines.”

Nombre de nos client optent pour la qualité et la confiance parce qu’ils ont retenu les leçons de mauvaises expériences avec des fournisseurs bon marché.Tony Jacobs