Beltrami expérimente grâce à CEI

Jusqu’à il y a quelques mois, nous connaissions le grossiste en pierre naturelle Beltrami d’Harelbeke sous beaucoup d’étiquettes mais pas sous celle de producteur. C’est désormais chose faite. Le grossiste ouest-flandrien possède aujourd’hui une grande ligne de finition –Stonelab– destinée à la production mais aussi et surtout à l’expérimentation.

Carreaux sur mesure

“Pour l’installation du Stonelab, nous avons entièrement démoli un hall pour y ériger une nouvelle structure équipée pour les ponts roulants”, explique Peter Silverans, Facility Manager chez Beltrami. “Nous y avons installé une scie à ruban à 5 axes de CEI, une machine de finition de Thibault et un système d’épuration des eaux d’Eich.” Dans quel but? Michaël de Lauri, le stone artist qui fait tourner le Stonelab, nous l’explique. “Pour commencer, nous fabriquons des carreaux sur mesure parfaitement adaptés à l’espace à carreler. Terminé de se cantonner aux dimensions standard (40×40 en 60×40 cm). Et si vous les voulez en triangle ou en hexagone, c’est possible également. Les carreaux sciés sur mesure sont peut-être un peu plus chers à l’achat mais bien plus économiques à la pose. En effet, vous n’avez plus besoin de faire d’essais et de découpes sur place, tout est déjà préparé. Ce n’est pas seulement plus pratique à poser, l’ensemble est également plus harmonieux. Par ailleurs, nous pouvons proposer de nombreuses nouvelles finitions, sur mesure pour le client. Prenez par exemple le Skintouch: globalement très apprécié, son grain est pourtant trop fin pour certains et trop grossier pour d’autres. Aujourd’hui, nous pouvons le personnaliser.”

Expérimentation totale

Mais le Stonelab est bien plus qu’une simple unité de production offrant des découpes sur mesure et des finitions sur commande. La ligne de finition se nomme ‘Lab’ pour une bonne raison et la fonction de ‘stone artist’ n’est pas un vain mot. L’ensemble des couleurs et des matériaux de Beltrami sont désormais disponibles dans la dimension et la finition souhaitées. “Cela demande parfois un peu de recherche”, concède Michaël de Lauri, “car la dureté et les autres caractéristiques d’un matériau précis ne permettent pas toujours une finition standard. Vous devez alors expérimenter jusqu’à ce que vous trouviez la finition parfaite pour ce matériau”. Pour l’instant, on ne travaille pas encore à la chaîne au Stonelab. “Nous travaillons plutôt sur base de projets et nous usinons dix à vingt tranches.”

Une fois cela fait, place à l’expérimentation. Sans aller jusqu’à parler de moment de détente, de Lauri l’avoue: “C’est un changement très agréable. Nous pouvons faire des tests sur des composites afin de les proposer dans d’autres finitions que polie. L’aspect poli semble perdre son charme ces derniers temps, bien que ce soit la meilleure option pour l’entretien. Mais les architectes ont de plus en plus leur mot à dire et nous devons suivre… Nous avons déjà réalisé une dizaine de tests, par exemple au niveau de la résistance aux taches. Nous ne précipitons pas les choses, nous y consacrons beaucoup de temps. Nous voulons en tirer le maximum.” Toutes ces expérimentations vont déboucher sur de nouvelles séries, dont la première a déjà été présentée à Architect@work à Courtrai, à la fin du mois d’avril dernier: Beldeco.

Never stop

Les exigences pour le parc de machines étaient très spécifiques. Ce devait être une zone d’expérimentation pouvant basculer – à chaque fois que c’est nécessaire – en zone de production performante. D’où le choix d’une scie du fabricant portugais CEI. Peter Silverans: “Nous avions d’abord pensé à un autre système, sans défilé. Mais finalement nous avons opté pour une chaîne car nous devons parfois pousser la production et par exemple découper rapidement cinquante tranches en carreaux. Et nous y arrivons avec cette machine.” La CEI a été fournie par ProjectBuro PB de Wuustwezel, et c’est un véritable succès, comme l’explique Christophe Buysse. “Nous avons déjà livré une dizaine de pièces de ce modèle au Benelux, dont quatre pour Lion Stone à Tilburg”. La raison de ce succès ? “Ces machines sont avant tout conçues pour éliminer les temps morts dans la production. Pendant que la machine est en action dans la zone centrale, on peut décharger à l’arrière, charger une nouvelle tranche à l’avant, photographier, réaliser le nesting… sans devoir mettre la machine en stand-by.”

Intégration dans le système de gestion

“Autre exigence de Beltrami: la machine devait pouvoir s’intégrer dans le système de gestion existant”, raconte Christophe Buysse de Projectburo PB. “Toutes les commandes arrivant au bureau sont directement encodées dans la première console. Ce qui coupé apparaît ensuite sur l’écran tactile de la deuxième console. Les carreaux abimés ou ne satisfaisant pas aux exigences de qualité sont automatiquement renvoyés en production. Il y a donc à la base une logistique efficace. Et le logiciel permet de suivre de près toutes les statistiques: rendement de la machine, temps d’arrêt de la machine, pourcentage de chutes, etc. Vous pouvez tout tenir à jour et rectifier en temps réel. Nous savons ainsi qu’en Belgique, nos scies à ruban peuvent traiter jusqu’à 37 tranches pendant une journée de travail de 7 heures et 36 minutes. Les quatre machines CEI de Lion Stone, qui fonctionnent sur une seule période de travail, sont capables de sortir 600 plans de travail par semaine. Mais ce type de machine est également adapté aux entreprises plus petites, notamment grâce aux tapis en caoutchouc ou à la table de coupe avec surface en caoutchouc. Avec la multiplication des matériaux céramiques, on va d’ailleurs en voir de plus en plus. Actuellement, nous avons déjà vendu plus de 40 machines CEI.”

Fabricant portugais

Les fabricants avec qui travaille ProjectBuro ne sont pas forcément les plus évidents. S’il est vrai que le marché des centres d’usinage de pierre naturelle se situe majoritairement en Italie, Projectburo a pourtant choisi pour partenaire CEI, d’origine portugaise. “CEI est en effet un des rares Portugais sur le marché”, acquiesce Buysse. “Notre collaboration est excellente. Et je pense que Beltrami peut affirmer que la jonction avec l’usine est très flexible et que CEI s’efforce toujours d’avoir une réflexion proactive dans la recherche de la meilleure solution pour le client. Ce qui ne va pas toujours de soi en Italie, ou alors moyennent paiement. On observe aussi une différence de prix de manière générale entre l’Italie et l’Espagne dans cette catégorie de machines, qui s’explique principalement par les coûts salariaux. Nous représentons CEI pour l’Europe du nord et nous assurons aussi l’entretien et les réparations. Nous assurons 95% des tâches nous-mêmes. Pour les tâches véritablement spécialisées, un ingénieur de l’usine fait le déplacement depuis le Portugal. Ils peuvent également se logger sur la machine depuis là-bas ou – si nécessaire – prendre totalement la main sur la machine. À chaque vente, CEI désigne une sorte de ‘parrain’ qui suit la machine en continu. Notre client bénéficie ainsi toujours d’un contact direct avec une personne qui connaît la machine sur le bout des doigts mais qui sait aussi tout ce qui se passe dans son entreprise. Cela fait une bonne impression, vous n’êtes pas un numéro.”

Toutes les finitions

Un autre bijou trône dans le Stonelab de Beltrami: la machine de finition de Thibault, davantage dédiée à l’expérimentation qu’à la production à la chaîne. “On le remarque à son large magasin avec différentes têtes”, souligne Michaël de Lauri. “Des têtes à satellites pour le granite, des têtes pour le marbre et la pierre bleue et une tête pour le ciselage et la taille. La machine Thibault présente également l’avantage de pouvoir fournir le revêtement mural et de sol dans le même bloc mais avec des finitions différentes – par exemple quand nous avons un tailleur de pierre qui veut aménager une salle de bain complète dans la même pierre naturelle. C’était impossible avant. Dernièrement, nous avons participé à un projet avec trois finitions différentes sur le même bloc de pierre naturelle!”

Épuration des eaux

La ligne de finition est terminée par un épurateur d’eau de la marque allemande Eich. Peter Silverans : “Nous avons opté pour une politique zéro rejet. Nous récupérons donc toute l’eau sans rien injecter dans le circuit de la ville. L’eau des deux machines passe par un épurateur, qui extrait toute la poussière et renvoie l’eau propre dans une énorme citerne de 120.000 m3 sous le Stone Lab.”

Qu’est-ce qui est tellement spécifique aux installations Eich ? Nous avons posé la question à Christophe Buysse. “C’est un des rares systèmes qui fonctionne sans produits chimiques, tout en garantissant une filtration parfaite. Le concept utilise un système similaire aux rayons d’une ruche, où la poussière se dépose avant d’être extraite par pression sous forme de galets secs”. Purifier l’eau sans produits chimique a ses avantages, note Buysse. “C’est plus sûr pour le personnel. Les floculants ne sont pas bons pour les machines non plus. Ils peuvent ronger les joints, les soupapes et les conduites, réduisant drastiquement leur durée de vie.”

Le Stonelab n’est en fonction que depuis le début de cette année mais Beltrami envisage déjà une extension. Peter Silverans: “Des tranches sont encore stockées de l’autre côté du hall pour le moment mais nous allons construire un entrepôt de stockage à part de 1.200 m2.”


FICHE DE L’ENTREPRISE: CEI, PRIDE OF PORTUGAL

Christophe Buysse: “CEI a deux implantations: la production à Porto et le département software à Lisbonne. Les trois propriétaires, tous ingénieurs, se sont rencontrés alors qu’ils étaient étudiants et ont fondé l’entreprise il y a vingt ans. Aujourd’hui, CEI est un des fleurons de l’industrie au Portugal. La société jouit d’une grande reconnaissance en raison de ce qu’elle représente pour l’économie. Elle repose purement sur l’exportation. La société a déjà reçu le président du Portugal en visite. CEI mise pleinement sur l’innovation, prête attention aux remarques et s’efforce de s’améliorer constamment. En l’espace de quatre ans, nous avons fourni 40 de leurs machines au Benelux. La société met un point d’honneur à envoyer au minimum un des directeurs chez le client, où qu’il se trouve dans le monde. Une telle implication ne laisse pas indifférent!”


FICHE DE L’ENTREPRISE: PROJECTBURO PB

“Projectburo PB s’efforce de proposer un parc de machines complet pour le secteur de la pierre naturelle. Notre gamme ne propose pas d’outils manuels, qui constituent une catégorie à part, mais nous faisons tout le reste. L’accent est mis sur l’indépendance et le partenariat”, souligne Christophe Buysse.

  • Indépendance. “Nous facturons nous-mêmes et nous sommes donc responsables. Nous disposons ainsi d’un levier de pression auprès des fournisseurs, ce qui est très important pour nous. Chez les fabricants plus importants, vous êtes un numéro et vous ne pouvez pas apporter grand-chose. Tandis que nous pouvons de temps à autre ‘influencer’ nos fabricants…”
  • La plupart de nos fabricants sont repris dans notre gamme depuis des années. Nous ne papillonnons pas à droite et à gauche, nous sommes attentifs au service et au volet après-vente. Cela fait 12 ans que nous travaillons avec Eich, CEI est notre partenaire le plus récent et notre accord remonte déjà à quatre ans. Nous n’avons encore jamais remplacé ou mis quelqu’un à la porte. Cela fonctionne très bien ainsi. Les fournisseurs savent à quoi s’attendre avec nous et qu’ils ne doivent pas intervenir beaucoup car nous avons nos propres techniciens.”